Quel lien entre les LE CORFF du secteur 1 et du secteur 2 ? P 12 

 

Ce lien n’est pas établi jusqu’à présent même si une relation aurait pu exister entre deux couples implantés respectivement à Crac’h et Grandchamp.

Sous cette réserve, aucune relation ne ressort entre les LE CORFF établis de part et d’autre des landes de Lanvaux qui semblent avoir véritablement constitué une frontière naturelle séparant deux populations bien distinctes.

Observons toutefois que l’implantation de LE CORF(F) dans la région de Belz – Etel – Erdeven et Plumelin pourrait avoir Moustoir’Ac pour foyer d’origine.

C’est du moins ce que laisse penser le résultat de recherches que j’ai conduites pour deux LE CORFF avec lesquels j’ai été en contact.

1er cas : à partir d’Erdeven-Belz-Etel (1878-1964), Plumelin (1803-1834) puis Moustoir’Ac (avant 1634 et jusqu’en 1789)

2ème cas : à partir de Plumelin (1919), St Allouestre (1881) puis Moréac (1814-1850), Bignan (1754-1786) et Moustoir’Ac (avant 1634 et jusqu’en 1729).

En l’espèce, ces deux LE CORFF qui ne se connaissent pas descendent du même couple Louis LE CORFF x Péronnelle DAGORNE !


Le sens et les origines possibles du patronyme LE CORF(F) P 13

Quelques réflexions sur les patronymes bretons :

Hervé ABALAIN explique que la plupart des noms portés en Bretagne avant le XIIème siècle sont d’origine celtique, certains étant d’origine biblique, chrétienne, latine ou germanique.

C’est à partir du XVIème siècle que l’article le (l’) commence à remplacer le breton an. Cet article était le seul utilisé dans l’écriture comme le sera l’article français, encore que l’on trouve régulièrement, dans les registres paroissiaux, un pluriel dès lors que les porteurs du patronyme sont plusieurs : Yves et Mathurin Les Corff.

Quant à la signification des noms de famille bretons, il convient nous dit H. ABALAIN, de se méfier de l’étymologie populaire qui peut avoir tendance à traduire au plus près du sens évident. Or, il est nécessaire de connaître les formes anciennes qui permettent de suivre l’évolution réelle du patronyme. Ainsi, Bizouarn ne signifie pas « doigt de fer » [biz + houarn] mais vient d’un ancien mot :  Budhoiarn.

(Voir H. ABALAIN « Noms de famille bretons » ; Ed. J.P. Gisserot)

Les orthographes du nom :

Quant à l’orthographe du nom, il convient d’insister sur le fait qu’il est indifféremment orthographié avec 1 « F » ou 2 « F », suivant les époques mais également selon les curés chargés de tenir les registres. Il est même possible de rencontrer les deux graphies dans un même acte ! La forme avec 1 ou 2 « F » ne se fixe vraiment que dans la première moitié du XIXème siècle.

Par ailleurs, la présence de l’article « LE » est très constante sur la période étudiée. Toutefois, les actes de baptême examinés pour Bignan dans la première moitié du XVIème siècle portent fréquemment le seul nom CORF(F). Mais cela pourrait tenir au fait qu’ils sont rédigés en latin, langue qui ignore l’article.

Dans quelques cas isolés, le nom est orthographié LE CORPS (d’où confusions éventuelles avec LE CORRE), LE CORS, LE CORFS (par assimilation avec « Corps » ?), LE CORFE ou LE CORFVE.

La signification du nom "Corf (f)"

Si l’on prend en considération la remarque précédente, et à la lumière des réflexions tout à fait intéressantes de Nicholas CORFF (http://www.mes-annees-50.com/Releves.PLC/origin_corff.htm) ,  il est permis de s’interroger sur le sens définitif à donner au patronyme Corf.

Pourtant, l’unanimité semble faite pour considérer que le nom se rattache bien au mot Korv (ou Korf), à savoir « le corps ». (Cf. H. ABALAIN dans son opuscule cité mais aussi Marie-Thérèse MORLET dans son dictionnaire étymologique des noms de famille, Ed. Perrin : nom breton, sobriquet représentant le terme ‘corf’, corps,caractérisant la personne ; Corfic/ Corvic, diminutifs de « Corv » ; Corfdir = corps d’acier ; Corfmat = bon corps ; Corfbihan = petit corps).

Nous pouvons encore citer cette référence qui va dans le même sens In Répertoire Général de bio-bibliographie bretonne René KERVILER –Rennes- Librairie Générale de J. PLIHON et L. HERVE (1897) Joseph FLOCH (1978)

2618.- CORF   -Ancien nom de famille qui signifie corps, dont je rencontre Hervé C.de NEMAST, qu’il faut lire CORF DEN MAT, c’est-à-dire corps de bon homme (ainsi cité d’un seul mot par COURCY, I , 289) au serment des nobles de Goëllo en 1437 et Eon et André C. plaidant au Parlement de 1451.

Il est à noter que les patronymes Corfmat ou Corvic sont assez fréquents sur la zone géographique qui nous intéresse.

Pouvons-nous néanmoins nous autoriser à imaginer que ce sens d’évidence en cacherait un autre, plus ancien, plus mystérieux ? Rien en l’état de nos investigations ne nous permet de l’affirmer. Tout au plus, pouvons-nous signaler les pistes qui pourraient être explorées.

Des pistes à explorer :

Corff et Scorff

Nicholas CORFF mentionne particulièrement la signification donnée au mot Corff dans le sens de faille, d’entaille, de séparation notamment appliquée aux rives escarpées d’un fleuve, d’une rivière.

Hervé ABALAIN indique que le mot skar signifie bien « crevasse, faille ». C’est ce même mot qui a donné son nom à la ville de Scaër.

Le Scorff

Or, comment ne pas penser, dans le Morbihan, au Scorff cette rivière très locale, tumultueuse, qui traverse une grande partie du département du nord au sud, de Guéméné-sur-Scorff à Pont-Scorff pour venir terminer sa course à Lorient ?

La proximité des mots Corff et Scorff, à la sonorité à la fois si proche et si originale,invite nécessairement à se poser la question d’une éventuelle relation.

Dans son « Dictionnaire des noms de lieux bretons » (Ed. Le Chasse Marée / Ar Men), Albert DESHAYES explique que Scorff est un « nom identique au moderne Skorv, ‘décharge d’un étang’, représenté par Tronscorff en Langoëlan (56), Tnouscorff en 1433, et aussi par Le Coscro en Lignol (56), le Cozcroff en 1449, issu de Cozscorff par métathèse. Le lieu de Pontscorff en Roscanvel (29) n’est pas situé sur le cours de la rivière dont il est d’ailleurs fort éloigné ; son nom est donc formé à partir du terme même ».

…rien donc, en l’état, qui indique un lien entre les deux noms. Au demeurant, les recherches n’ont pas mis en évidence, jusqu’à présent, de LE CORFF présents sur les rives du Scorff ou dans sa région proche. (Il a notamment été procédé à une recherche aléatoire de mariages LE CORF(F) sur la base ARMOR du CGSB 56 afin de rechercher des mariages sur les paroisses de Guémené s/ Scorff, Pont-Scorff, Hennebont, Le Faouët).

Des LE CORF(F) venus de CORFE en Angleterre ?

Rappelons que dès les premières décennies du Moyen-Âge, Rome a abandonné la Bretagne. C’est alors qu’entre 500 et 750 après J.C. que des Bretons, populations celtes venues du Sud de l’Angleterre et du Pays de Galles, s’installent dans ce qu’ils vont appeler la petite Bretagne.

Cette émigration de Grande-Bretagne vers l’Armorique aurait été motivée par la nécessité, pour ces populations, de fuir les fureurs des Saxons. Mais, ainsi que le souligne Maurice LE LANNOU (« La Bretagne et les Bretons, Que-sais-je ?, 1992), plus qu’une invasion en masse, nous devons plutôt imaginer une colonisation tenace, sans cesse renouvelée et consolidée.

Et conformément aux traditions des populations nouvelles, la prise de possession du sol se fit d’emblée sur un mode dispersé. C’est dans ce tissu peu serré que le clergé, venu lui aussi de la Grande Île, organisa peu à peu la distribution en paroisses, les plou.

On en est venu à penser aujourd’hui que ces Bretons de Grande-Bretagne auraient pu être bousculés par des Pictes et des Scotts venus d’Ecosse et d’Irlande, des Celtes eux aussi.

Mais l’impulsion aurait pu également partir d’un monde celtique nullement en retraite mais, au contraire, en pleine expansion. Les Bretons auraient alors pu venir du Pays de Galles dont la langue est si proche des dialectes trégorrois et léonard, ou encore de la péninsule cornique dont le parler originel s’est éteint au XIXème siècle et qui était, lui aussi, de la famille bretonne.

Il est établi qu’une grande partie de cette migration bretonne s’est installée dans les départements actuels des Côtes d’Armor et du Finistère (Nord), région alors désignée du nom de Domnonée. Un autre mouvement migratoire, plus limité et venu du Pays de Galles peut-être, serait arrivé dans la région du Golfe du Morbihan.

Voilà qui vient donner du crédit à l’hypothèse d’une origine de l’Angleterre méridionale.

Or il existe dans le sud de l’Angleterre un Corfe Castle entre Wareham et Swanage, face aux côtes françaises. (Cf. site www.corfecastle.org.uk ou http://www.isleofpurbeck.com/corfe.html) . Il nous est dit que le château se trouve sur la crête de Purbeck et date principalement de l’époque normande. Il occupe le site d’une forteresse du roi saxon Edgar, construite en 950.

Ci-contre: reconstitution du village et du château de Corfe -La présence de porteurs du patronyme Corff est encore attestée dans l’histoire de Reading, dans le Berkshire.

(cf. www.britannia.com/history/berks/reading.html  ). La ville avait un petit hôtel de la monnaie durant le règne de Edouard-le-Confesseur (1042-1066), époque à laquelle un certain Corff avait la qualité de trésorier (moneyer) avec un autre nommé Brihtric.

A partir de ces éléments, tentons très prudemment deux hypothèses :

- La première s’appuierait sur l’arrivée massive de Bretons dans le nord de la péninsule (depuis les régions de Morlaix, St Brieuc ou St Malo). Le mouvement se serait fait alors vers l’intérieur.

Le peuplement vers Crac’h se serait alors réalisé à la faveur de mariages et/ou de circonstances économiques. En effet, le littoral a sans doute constitué depuis longtemps un centre attractif pour ces populations du Morbihan intérieur, moins favorisé.

Si cette hypothèse trouve un début de crédit dans l’implantation du foyer LE CORFF autour de Bignan dans un axe nord-sud, elle est en revanche contredite par la quasi absence de LE CORFF dans les Côtes d’Armor. Ainsi, l’interrogation du remarquable fichier Internet des Archives Départementales de ce département ne révèle qu’un seul mariage (Mellionnec en 1776). En revanche, les CORFDIR sont nombreux.

- La seconde hypothèse, sans doute plus vraisemblable serait celle d’une installation initiale anglaise ou galloise dans la région du Golfe. Dans ce cas, le peuplement vers l’intérieur serait intervenu pour échapper à des troubles affectant les côtes morbihannaises, telles que les attaques ravageuses des Normands au Xème siècle ou les raids périodiques des Anglais sur la région du Golfe, notamment au XIIIème siècle ; il se serait inversé ensuite inversé en des temps plus favorables au littoral.

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