LES AUTOBUS DE TOULON 1965 -1980

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 LE MINIBUS CITROËN CH 14 CURRUS  

Cet élégant minibus fut acquis neuf par la RMTT en 1971, en un seul exemplaire numéroté 30; il fut renuméroté 1 en 1978. Du fait de sa faible capacité ( 14 places) Il était notamment utilisé pour les transports scolaires. Il a été réformé en 1981 après une décennie de bons et loyaux services. Il constitue une belle illustration de la qualité des productions du célèbre carrossier Currus. En effet qui reconnaitrait un Citroën type H sous cette superbe carrosserie ?

Photo Charge Utile Magazine - Le CH 14 tel qu'il fut présenté dans une brochure publicitaire de la société Currus. C'est à la Semaine internationale du Car de Nice en 1967, que Currus dévoile le CH 14 dont l'appellation signifie : Currus sur plate-forme HY, 14 places. Cliquer pour agrandir

Photo sur le site : Boîtier rouge - Un CH 14 de la RATP avec accès par une porte pliante à l'avant, un véhicule sans doute très semblable à celui de la RMTT.

Mû par un moteur Citroën 4 cylindres de 56 Ch, la particularité de ce minicar à caisse monocoque de 5,34 m de longueur pour une largeur de 2,07 m, réside dans la conception de son pavillon, moulé d'une seule pièce en stratifié sans aucune armature métallique, la rigidité étant obtenue par un jeu de nervures.

Dans le processus de production, c'est une fois les sièges positionnés à l'intérieur du véhicule que le pavillon ( préalablement calorifugé par mousse de polyuréthane et garni de simili matelassé puis muni de ses accessoires : fils électriques, plafonniers) est fixé par collage sur les côtés de la carrosserie. Ce procédé est depuis lors, devenu courant dans la construction des autocars et des autobus. Pour l'anecdote, les optiques de phare du CH 14 sont celles de la Panhard 24 CT.

Le CH 14 a connu un succès important comme minicar ou minibus de liaison : Citroën en a vendu près de 400 unités. Ses utilisateurs les plus importants ont été la RATP et Air France mais des applications autres que le transport de personnes lui ont été trouvées : fourgon tôlé, camping-car, bureau mobile pour banque ou service public, ambulance, car funéraire, véhicule publicitaire, ..etc

Les 18 exemplaires livrés à la RATP en 1972 pour une exploitation sur des lignes à trafic peu intense, sont munis d'une porte pliante à 2 vantaux entièrement vitrés, commandée électriquement; c'est à priori la même version qui équipait le véhicule de la RMTT.

Currus, le  "carrossier de Paris" :  "La plus ancienne carrosserie de France, fondée en 1805" telle est la mention qui figure en tête des publicités de la prestigieuse société Currus après la seconde guerre mondiale.

Currus équipait toutes sortes de véhicules mais c'est surtout avec ses carrosseries d'autocars que le "carrossier de Paris" se rendra célèbre. Il se donnait cette appellation par opposition à ses nombreux confrères qui étaient établis en banlieue ( Di Rosa, Million-Guiet) ou en province ( Amiot, Le Bastard, Gangloff, Belle-Clot, Faurax & Chaussende, Heuliez, Carde...)

En 1900, Nathan Lévy et son jeune fils Samuel ( 16 ans) se rendent acquéreurs de la carrosserie Perrotin & Bollinger, vieille maison installée depuis un demi-siècle rue Poliveau dans le 13ème.Ils baptisent alors leur entreprise du nom de Currus, mot latin signifiant char. Ils construisent des voitures pour chevaux : breaks, tonneaux, phaétons...

Dès 1902, Currus se lance dans la fabrication de carrosseries automobiles et livre son premier autocar destiné à un grand hôtel de Porquerolles, une île au large de Hyères. Des milliers de cars suivront bientôt...

En 1906, Currus rachète les anciens établissements Chastel & David, une maison fondée en 1805; il devient ainsi leur successeur et peut ainsi s'autoproclamer : "La plus ancienne carrosserie de France, fondée en 1805"

A partir de cette date, Currus déménage au 16 rue Watteau, toujours dans le 13ème, il occupera progressivement la quasi totalité de la rue au fur et à mesure de son développement.  Fin 1928, Samuel Lévy entreprend la construction d'une vaste usine à 3 niveaux, doté des outillages les plus modernes.

En 1932, Currus est l'un des premiers carrossiers à remplacer les structures bois par des carrosseries entièrement métalliques,  soudées à l'arc.

Currus construit ses autocars sur les châssis des plus grands constructeurs de l'époque : Citroën, Delahaye, Latil, Panhard, Renault, Saurer, Berliet, Somua, Bernard...

En 1938 après avoir équipé 2 ans plus tôt un autocar avec toit ouvrant électrique, il est le premier carrossier à équiper ses cars de grand tourisme avec des surfaces en plexiglas, afin d'accroître la luminosité intérieure et le champ de vision des passagers.

1940, pendant la seconde guerre mondiale, la famille de Samuel Lévy paye un lourd tribut à l'Occupation nazie; on ne sait que trop quel était le sort réservé aux juifs durant cette sinistre époque par les Allemands et leurs zélés collaborateurs français. L'entreprise tourne au ralenti, à partir de l'été 1940, elle est réquisitionnée par les autorités allemandes.

1945, Samuel Lévy est de retour peu après la libération, il reprend les rênes de sa société et va retrouver rapidement le chemin du succès. Tout est difficile dans les années de l'immédiate après-guerre, les matières premières font terriblement défaut. La société construit alors sur les châssis issus des surplus américains.

Plus tard, tout rentre dans l'ordre, Currus se lance dans la réalisation d'autocars d'aménagements intérieurs de grand luxe. Il obtient de nombreuses récompenses lors des Semaines du Car de Nice entre 1948 et 1953.

Au début des années 50, deux fils de Samuel Lévy, Yvan et Pierre entrent dans l'entreprise pour seconder leur père; Currus se dote alors d'un véritable bureau d'études à la demande des constructeurs.

En 1955, Currus se lance dans les carrosseries en plastique ( stratifié polyester), en 1956 il devient le fournisseur de toutes les administrations (EDF-GDF, SNCF, Police nationale...)

Currus se lance dans la fabrication en grandes séries, essentiellement sur des bases de Citroën H. Il fabrique même sur base Citroën T 55 puis Saviem SC 1, des autocars à impériale au look futuriste, entièrement vitrés, les Cityrama, destinés à faire découvrir le tout Paris aux touristes.

En 1961, Currus réalise son dernier grand car de tourisme sur une base de Berliet Randonnée.

Le Citroën H devient une manne pour Currus, 4 à 5 véhicules transformés sortent chaque jour des ateliers de la rue Watteau. Il réalise des courts, des longs, des extras-longs, des rehaussés, des tôlés, des ambulances, des minibus, des magasins ambulants, des bétaillères, des véhicules publicitaires ( dont le fameux HY jaune servant de véhicule d'exposition our Philips et qui a été reproduit par Dinky Toys; il a été construit à 100 exemplaires pour démarcher les clients de village en village) ...etc

En 1964, Currus quitte la rue Watteau pour s'installer à Massy-Palaiseau ( aujourd'hui dans le département 91-Essonne), juste avant la fermeture, le carrossier réalise la dernière série d'autocars pour les Transports Citroën, activité qui sera reprise par Heuliez.

Les fournisseurs traditionnels de châssis d'autocars ont disparu les uns après les autres, les Berliet, Chausson et autres Saviem construisent des véhicules complets et en grande série privant ainsi les carrossiers de leur fonds de commerce; beaucoup disparaîtront à partir de cette époque y compris les plus prestigieux.

Currus installé à Massy, est véritablement devenu un grand carrossier industriel; Samuel Lévy, décède à 82 ans en été 1966 laissant la direction de l'entreprise à ses deux fils Yvan et Pierre assistés d'Albert Lemaître.

Currus a abandonné en arrivant à Massy l'activité sellerie, confiée désormais à Chardon ( installé à Condrieu-Isère). Currus poursuit son activité de construction d'autocars sur châssis Citroën 350.

En 1970, est créé Currus -Ambulances sur bases du break ID et du fourgon HY. A la fin des années 70, 15 véhicules quittent quotidiennement les chaînes de Massy dont 13 unités sur base du fourgon HY .Currus travaille à 90 % pour la firme du quai de Javel.

En avril 1971, Currus ouvre un 2ème site de production à Macon en Saône et Loire; dans un premier temps, la société sous-traite la fabrication des véhicules d'incendie pour le compte de Camiva, filiale de Berliet. La production du CH 14 restera par contre à Massy.

1974, le déclin de Currus : le choc pétrolier de 1973 entraîne une grave crise qui réduit sensiblement l'activité économique notamment sur le marché automobile. Deuxième raison, une trop grande dépendance vis-à-vis de Citroën qui suite à d'énormes difficultés financières, sera reprise en 1974, par Peugeot.

1975 : Faute d'investissements dans de nouveaux outillages, Currus prend mal le virage lors de l'arrivée du Citroën C 35 en 1974; il se fait doubler par Durisotti, Gruau, et surtout Heuliez. La chute des commandes est catastrophique à tel point que le dépôt de bilan est prononcé en mars 1975. Jean Chardon autre grand nom de l'autocar reprend les activités de Currus en prenant la gérance de Massy en septembre 1975 et en achetant l'usine de Macon en juillet 1976.

Que reste-t-il de Currus aujourd'hui ? L'usine de Massy n'existe plus ( transférée à Fresnes en 1978) et le site de Macon a été repris par le carrossier Trouillet spécialisé dans le fourgon blindé.

Il reste aujourd'hui la légende d'un très grand carrossier connu par tous les passionnés amoureux des beaux véhicules.

Chapeau et merci,  Monsieur Lévy !

Diagramme du Citroën CH 14 (Fourni par Denis Garel) Cliquer pour agrandir

Doc. origine fondation Marius Berliet : collection personnelle Denis Garel -Cliquer pour agrandir

 

Caractéristiques du CITROËN CH 14 Currus (1971)

 

Constructeur Carrosserie Currus sur base Citroën HY
Places assises 14
Places debout 0
Nombre de places total 14
Accès Par un porte pliante double à l'avant
Châssis Citroën type HY
Longueur 5,34 m
Largeur 2,07 m
Hauteur 2,24 m
Empattement 3,16 m
Poids à vide 2,07 t
P.T.C 3,04 t
Moteur Citroën Diesel 4 cylindres en ligne
Puissance 11 cv fiscaux / 56 chevaux SAE
Couleur caisse ( en principe) Beige RMTT (ocre jaune clair)
Couleur toiture ( en principe) blanc ivoire
Sources :

"1880  -1980: Un siècle de transports en commun dans l'agglomération toulonnaise" par Gabriel Bonnafoux (†) et Albert Clavel - Suite d'articles de Nicolas Tellier et Albert Lemaître parus dans Charge Utile Magazine N° 8 à 11 en 1993   

Photos : Charge Utile Magazine  - Documents : Denis Garel vice-président de l’association ARTM  Les Amis du Rail et des Transports de Marseille  Site Boîtier rouge  : http://boitierrouge.com/ -

Ne manquez pas de découvrir les magnifiques et très rares photos de véhicules anciens de Jean Capolini sur le site Flickr : https://www.flickr.com/photos/151983085@N05/albums et de Jean-Henri Manara : https://www.flickr.com/photos/jhm0284/albums - Le site de l'ASBTP ; https://asbtp83asso.jimdo.com/ et sa page Facebook : https://www.facebook.com/asbtp83/ 

Page créée le 17/04/2005  © Roland Le Corff -Version du 29/08/2018