LES AUTOBUS DE TOULON 1930 - 1965

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Monogramme Chausson  LES AUTOBUS CHAUSSON APE - AH et APH dits "NEZ DE COCHON" 

 

D'après Gabriel Bonnafoux, les 3 autocars numérotés de 3 à 5, ont été acquis neufs en 1946 par la Régie Municipale des Tramways Toulonnais (RMTT) appelée aussi Tramways Toulopnnais (TT); ils sont un peu le symbole de la renaissance des transports toulonnais dont le matériel avait particulièrement souffert des bombardements ( notamment le réseau de tramways) - A cette époque, les tout nouveaux autocars Chausson de la série AP représentent en quelque sorte le "must" en matière de modernité. Ils desservaient principalement la ligne N° 11 : Noël Blache - Monserrat. Les inventaires retrouvés par Yohan Keller (ASBTP) dans les archives de la RMTT nous donnent de précieuses informations et contredisent quelque peu les informations données par Gabriel Bonnafoux dans son ouvrage.

Un inventaire dressé par la RMTT le 18 janvier 1955 indique qu'il y avait bien un total de 5 autobus Chausson dans le parc : 3 APE mis en service en octobre 1945 - 1 AH mis en service en juin 1946 et 1 APH mis en service en septembre 1946. On peut supposer très logiquement qu'ils portaient les N° 1 à 5.

Ces autobus ont eu semble-t-il une longue carrière de 12 à 15 ans. En septembre 1958, Jean Capolini, lors de sa 2ème venue à Toulon pense qu'ils ont déjà été tous retirés de l'effectif et remplacés par des Chausson APH 2-52 et des Berliet PLR. Cependant, l'inventaire de la  RMTT établi en 1961, indique que le N° 5 a été remplacé en 1957 par un Berliet PLR 8M, les N° 2, 3 et 4 ont été remplacés en 1959 par des Berliet PLR 8 MU et enfin le N° 1 a été remplacé en 1960 par un PLR 8 MU. Ce qui est bizarre, c'est que le N° 1, le plus ancien des Chausson aurait duré le plus longtemps que le N° 5 plus récent, réformé après 12 années de service.

Dans notre parc de Chausson toulonnais, les 3 véhicules du type APE de 1945 sont dotés d'organes mécaniques et de moteurs Panhard à essence d'où la lettre P pour Panhard (Chausson n'en sortira que 166 exemplaires). Il dérivent directement du modèle AP 1 de 1942. Notons que le type APE de 1945 est également codifié AP 1 chez le constructeur d'Asnières.

Le modèle AH de 1946 est quant à lui équipé d'un moteur à essence Hotchkiss 105 Cv de 6 cylindres (d'où la lettre H de AH), il fait partie de la famille des AP2. En effet, les 63 versions d'APE, AH et APH produites en 1946 sont regroupées sous l'appellation unique d'AP2.. Chez Chausson, tout est très compliqué au niveau de la nomenclature et il est souvent bien difficile de s'y retrouver. Compte tenu de la longueur du moteur Hotchkiss à 6 cylindres, il devient nécessaire de rallonger la calandre à l'aide d'un capot proéminent qui sera bien vite baptisé "Nez de cochon".

Le modèle APH de 1946 est également un AP2, il est équipé d'un moteur Panhard diesel de 4 cylindres donnant 85 Cv. Pour cette raison, L'APH n'est pas équipé du nez de cochon. Cependant celui des photos ci-dessous en a pourtant un donc cela suppose que le moteur essence jugé sans dourte trop gourmand a été changé par la suite par un diesel 6 cylindres d'où la nécessité de greffer un capot débordant dit nez de cochon. Voir à ce sujet les explications proposées par Nicolas Tellier, le grand spécialiste des autocars.  Notre "soit-disant" APH serait en fait un APE modifié.

Photo Jean Capolini prise le 16/08/1956 - Une rare photo du Chausson type APE de 1945 de la  RMTT.  Cela donne d'autant plus de valeur historique à l'exceptionnelle collection de Jean Capolini. On voit ici le véhicule portant le N° 3 stationnant place Noël Blache, le véritable point central du réseau de bus toulonnais, au cœur de la ville de Toulon. Au fond, c'est le bd Georges Clémenceau en direction du Champ de Mars et de la Valette. On remarque une espèce de grande flèche blanche en béton portant le mot REX ; c'est tout simplement l'enseigne d'une station service ( son totem).   Cliquer pour agrandir

Station OZOSur les photos prises à peu près du même endroit, le 19 septembre 1958 ( voir aussi la photo du Peugeot D4A), on peut apercevoir le même totem mais cette fois, la marque Rex a été remplacée par la marque OZO, une autre marque de l'époque appartenant à l'Omnium Française des Pétroles. La décoration et le style de ces stations services, est tout à fait typique des années 50. De nos jours, l'ancienne station OZO existe toujours sous la marque TOTAL. Elle se situe à côté d'un immeuble qui abrite la salle des ventes. Une autre marque mythique de cette époque; c'était AZUR. Si l'on met cote à cote la photo ci-dessus et celle du Peugeot D3 A, on peut voir un immeuble tout neuf aparaître sur la photo de 1958 alors que seule une grue est présente sur la photo de 1956. C'est "Le Palace" où se situe la salle des ventes aux enchères publiques, boulevard Clémenceau..

 

 

Photo Jean Capolini  prise le 16/08/1956 - Le même AP2 ou APE  N° 3 mis en service en 1945, pris au même endroit, le même jour sous un autre angle avec en arrière-plan à droite, les immeubles tout neufs de la rue François Fabié.    Cliquer pour agrandir

En observant attentivement ces véhicules, on remarque deux détails qui frapperont les spécialistes des cars Chausson AP : 

  1. l'absence de girouette frontale alors qu'elle était installée de manière standard sur tous les véhicules de ce type comme en témoigne toutes les photos d'époque.
  1. La position de la porte avant, qui se trouve à l'arrière du passage de roue avant au lieu d'être en face du chauffeur.
  1. Le pare choc à une seule lame alors que le standard était le pare choc à 2 lames.

Il faut bien regarder les photos des autres modèles présentés en bas de cette page pour vérifier ces différences flagrantes. En fait, cet autobus est configuré exactement comme L'AP 1 de première génération qui n'avait pas encore de capot saillant ( génération antérieure au nez de cochon) -

A l'époque de la création de cette page, ne parvenant pas à trouver l'explication de cette bizarrerie, j'avais contacté Jean Capolini qui avait alors transmis ma demande à Nicolas Tellier, le grand spécialiste français des autobus et autocars et qui a écrit un ouvrage remarquable sur la marque Chausson. Voici ce qu'il nous dit et qui éclaire grandement ce mystère :

"Votre remarquable photo montre indiscutablement un modèle AP1 ("Symbole technique" dans la nomenclature Chausson, APE étant le "symbole commercial" correspondant au 4 cylindres Panhard à essence pour les 166 premiers cars que Chausson a produits du 9 juin au 19 novembre 1945 : n° série 15507, 511, 514, 519 à 681).

Or je relève dans mes documents que les véhicules n° série 15630 et 15681 étaient les prototypes APH (diesel 4HL) et AH (6 cylindres Hotchkiss essence). Deux hypothèses existent alors pour le véhicule que vous avez photographié en 1956 :

- soit il s'agit de l'un de ces 2 prototypes équipés d'origine d'un capot "nez de cochon" (au moins pour pouvoir loger le 6 cylindres Hotchkiss)

- soit il s'agit de l'un des 166 APE que son nième propriétaire (11 ans après sa sortie d'usine, ce car a certainement connu plusieurs propriétaires !) a ultérieurement diesélisé (une pratique courante à l'époque).

Quant aux deux portes pliantes, je suis persuadé qu'il s'agit d'une modification postérieure à l'achat du véhicule. En 1945, Chausson ne sort que des cars (avec galerie de toit), une version "autobus" sans galerie et avec porte AR pliante n'apparaît qu'en 1947 si mes souvenirs sont exacts (la porte AV pliante devant l'essieu directeur étant alors de série).

En résumé, mon avis est le suivant : je pencherais pour un car APE devenu un bus APH, sachant que les transformations suivantes ont été faciles à réaliser :

- remplacer un Panhard à essence par un diesel

- remplacer deux portes battantes par des portes pliantes

- installer un pare-chocs visiblement "hors série"

- et même, en observant bien votre photo, remplacer la flèche indicatrice de direction par un feu clignotant à l'avant."

Photo parue dans Charge Utile - Il s'agit d'un ancien autobus APH 2-50 du réseau de Nantes préservé et magnifiquement restauré par l'association Auto-Rétro Nantes Océan (Arno) - Le poste de conduite d'un Nez de Cochon comme si vous étiez : spartiate et dépouillé au possible. A part le compteur de vitesse, pas grand chose comme instruments de mesures pour agrémenter le tableau de bord. Remarquer bien évidemment le capot de protection du moteur qui fait une énorme protubérance juste à côté du chauffeur. Bruit de moteur, vibrations, chaleur, odeurs d'huile brûlée et de gazole étaient caractéristiques de ce type de véhicule.

 

 

Caractéristiques du Chausson AP2 = APH 47 dit Nez de cochon

 

Constructeur Chausson
N° sur le réseau 3 à 5
Places assises 40
Places debout 25
Nombre de places total 65
Accès par porte pliante à 2 vantaux à l'avant droit et à l'arrière droit
Circulation des voyageurs Probablement de de l'arrière vers l'avant
Châssis A caisse poutre soudée auto portante
Longueur 10,20 m
Largeur 2,50 m
Hauteur 2,88 m
Empattement 5,12 m
Poids à vide 6,65 t
P.T.C 12,00 t
Moteur Diesel Panhard 4HL 4 cylindres
Puissance 85 CV
Boîte de vitesses Boîte Panhard 4 vitesses ou Renondin 4 ou 5 vitesses
Vitesse maxi ?
Couleur caisse beige RMTT
Couleur toiture blanc ivoire
Historique et technique

L'ancêtre du car Chausson APH 47 est l' AP 1 né pendant la guerre en 1942 lui-même suivi de L'AP 2 à partir de novembre 1945. Ce dernier se voit équipé d'une porte pliante à 2 battants l'avant, déplacée dans le porte-à-faux avant, ce qui améliore considérablement l'exploitation commerciale car les passagers montent directement face au conducteur. La commande des portes se fait par air comprimé. les AP2 ( regroupant les APE, APH et AH) sont produits à 63 unités jusqu'en mars 1946.

Ensuite, l'AP3 va lui succéder avec un grand succès; c'est ce modèle qui va vraiment vulgariser l'image de l'autocar à "nez de cochon "( 2856 véhicules seront produits jusqu'en octobre 1949)- Chausson battra ces années là, des records de production ( 1075 autocars sortis d'usine en 1948 soit 29 % de la production nationale de véhicules de transport en commun))

En terme de motorisation, Chausson offre aux transporteurs 2 motorisations possibles : Pour le car type AH, le moteur 6 cylindres à essence Hotchkiss 6L6 de 105 CV et pour le car type APH, le moteur diesel Panhard 4HL à 4 cylindres de 85 CV et 5,7 litres de cylindrée. - L'installation du moteur Hotckiss plus encombrant avec ses 6 cylindres, obligea Chausson à créer un petit capot proéminent sur la face avant du modèle AH. Rapidement, on l'affubla de l'appellation amusante de "Nez de cochon". Ce capot se généralisera aux autres modèles APE et APH par souci de standardisation de la production donc d'économie.

L'APH est renommé APH 1 avec le type de moteur 85 CV et APH 2 s'il est motorisé avec le Panhard 4 HL de 110 CV et 6,8 litres de cylindrée. L'ABH quant à lui est propulsé par un 6 cylindres diesel de 80 CV du constructeur américain Buda; ce type de car aura une diffusion très limitée.

Certains documents techniques du constructeur mentionnent ces 4 modèles sous les références AH 47, APH 1-47, APH 2-47 et ABH 47

En octobre 1949, l'AP 48 avec sa variante l'ASH ( motorisation Somua) succèdera à l'AP 3 puis viendra l'AP 52 en avril 52 , modèle caractérisé par la perte de son nez de cochon. Voir la page Chausson AP 2-52

Seuls 5 AP nez de cochon auraient été préservés de la destruction: en voici deux en couleurs :

Photo parue dans Charge Utile - Il s'agit d'un ancien autobus APH 2-50 du réseau de Nantes préservé et magnifiquement restauré par l'association Auto-Rétro Nantes Océan (ARNO) - Admirer au passage les réclames d'époque peintes sur les retombées de toiture ( une marque de meubles) et les affiches sur les panneaux latéraux ( pour une marque de pâtes). Vraiment magnifique !

Photo Roland Le Corff prise au musée de l'AMTUIR  le 14/05/1994  - Ci-contre un magnifique spécimen sauvegardé d'APH 2-50 datant de 1951; il est mû par un moteur diesel Panhard qui a permis à ce véhicule de dépasser le million de kms. C'est un autocar inter-urbain en version luxe qui appartenait aux VFD (Voies Ferrées du Dauphiné) -Sa girouette affiche la destination de Montalieu dans l'Isère.

Sources :

"1880  -1980: Un siècle de transports en commun dans l'agglomération toulonnaise" par Gabriel Bonnafoux et Albert Clavel - Charge Utile Magazine -Photos et notes de voyage de Jean Capolini...Un très grand merci à Nicolas Tellier, dont les articles parus régulièrement dans Charge Utile Magazine et les remarquables ouvrages font le bonheur des passionnés de véhicules de transports...voir notamment sa "fabuleuse histoire du S 45" aux éditions Massin.

Page créée le 02/02/2005  © Roland Le Corff -Version du 13/05/2018