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LES TROLLEYBUS SUISSES OERLIKON DE TOULON (page 1)

Les Oerlikon sont traités sur 3 pages : page 1    page 2     page 3

La RMTT acquit en 1952, 2 protototypes de trolleybus de marque Oerlikon qui n'avaient pas pu trouver preneurs sur d'autres réseaux. Ces deux véhicules dont l'aspect était très différent des autres trolleybus tous fournis par Vétra, composant le parc de la RMTT, furent en quelque sorte des "OVNIS" sur le réseau toulonnais. Les photos des Oerlikon dans leur aspect d'origine sont d'ailleurs absolument rarissimes.

La société Oerlikon est un constructeur suisse réputé, spécialisé dans le matériel électrique, le matériel ferroviaire, surtout les locomotives (la première véritable locomotive électrique a été construite en Suisse, en 1891, par les ateliers Oerlikon)

Lors de la mise en service, la RMTT leur attribue les numéros de parc 19 et 20. Entre début 1957 et mi 1957, les 2 "vilains petits canards" sont réformés et leurs équipements électriques seront montés dans des caisses d'autobus Chausson AP-52. L'une aurait été (d'après G. Bonnafoux), récupérée sur un autobus du réseau, l'autre achetée d'occasion; les 2 trolleybus prendront alors l'allure générale des autres VBC du réseau achetés entre 1955 et 1957.

On distingue cependant à coup sûr les 2 anciens Oerlikon à leur arrière bombé alors que les VBC-APU de conception plus moderne, ont un arrière droit. A cette occasion, ils sont renumérotés 69 et 70 puis quelques années plus tard en 1967, ils changeront à nouveau de numéros en devenant les N° 86 et 87 (voir le tableau de leurs immatriculations successives en bas de page)

Ce tableau permet tout de suite de remarquer que le N° 87 a été immatriculé 2 ans avant le 86, bizarre !! Les 2 prototypes ont été réformés d'après ce que l'on sait début, 1957 et mi 1957 soit pour ainsi dire en même temps. Il semble que le Decauville N° 20 fut le premier réformé (et G. Bonnafoux le confirme dans son livre) d'où son recondtionnement et sa nouvelle immatriculation dès 1958. Il semble qu'il fallut un peu plus de temps pour trouver une caisse de Chausson AP-52 Pour recondtionner le 2ème prototype, à savoir le MGT Panhard N°19 qui ne pourra être mis en service quant à lui qu'au début de 1960.

Au tout début de leur activité, les 2 Oerlikon ont probablement desservi la ligne 9 et peut-être la ligne N°3 Gare SNCF- Le Mourillon. D'après Albert Clavel, on sait que ces 2 trolleybus roulèrent assez peu sur la ligne N°1 car ils manquaient de souplesse en exploitation et cela à cause de l'absence d'une porte centrale.

Les témoignages sur les Oerlikon sont encore plus rarissimes que leurs photos mais Jacques Visconti se souvient d'eux sur la ligne N°9 Gare-Pont du Suve : "Ils desservaient exclusivement la ligne 9. Ils partaient à la même heure, l'un de la gare, l'autre du rond-point du Pont-du-Suve et se croisaient bien sûr à mi-chemin. Ils n'étaient pas semblables aux autres et déjà, il les trouvait moches et d'un air vieillot"

Une fois reconditionnés avec des caisses de Chausson AP-52, les 2 Oerlikon se cantonnèrent sans doute à la ligne 1 comme en témoignent les photos de Jean-Henri Manara prises en 1967 (N° 86 et 87)

Historique : C'est la Société Oerlikon-Paris, filiale française d'Oerlikon qui a équipé les 2 trolleybus dans son usine d'Ornans (Doubs) juste après la guerre. Les 2 prototypes furent conçus sur des châssis différents : le premier sur un châssis d'autobus Panhard K 63, le second sur une caisse-poutre Decauville.

1er prototype : le trolleybus Panhard-MGT-Oerlikon (1942-1949)  

Ce trolleybus conçu dès 1942 ne fut achevé pour cause de guerre qu'en 1946 (ou 1949 selon les versions). La caisse en acier riveté, est fabriquée par le célèbre carrossier Million-Guiet-Tubauto situé à Levallois-Perret qui habilla de nombreux autobus urbains (notamment Panhard, Somua ainsi que les trolleybus Jacquemond)

Elle est montée sur un châssis d'autobus Panhard K 63 (un modèle sorti vers en 1934-1935) . Elle comporte une porte à 2 vantaux à l’arrière et une porte semblable dans le porte-à-faux avant. Tout l'’équipement électrique Oerlikon est identique à celui des trolleybus contemporains de Zurich, avec un un moteur de traction type compound LC 29 de 71 kW.

Racheté par le réseau de Toulon en 1952, on lui donna le numéro de parc, 19. A son arrivée, il était encore avec sa livrée d'origine (vert foncé et crème STCRP) , il a donc du être repeint aux couleurs beige et ivoire de la RMTT. Il fut réformé en 1957 et tous ses équipements électriques furent transférés dans une caisse d'autobus Chausson AP-52, le nouveau véhicule fut ré-immatriculé en 1960 et prit alors le N° 69. En 1967, il prendra le N° 86. On ignore la date exacte de sa réforme, peut-être vers 1972 au moment de la réduction de l'exploitation par trolleybus sur la ligne N°1.

Photo Oerlikon - coll.Georges Muller - Le prototype du trolleybus réalisé sur base Panhard par MGT / Oerlikon dans les ateliers de la société Million-Guiet-Tubauto en 1946. Il est présenté ici aux couleurs de la STCRP (future RATP) en vert foncé avec toit crème.        Cliquer pour agrandir

Détail de la carrosserie assemblée par rivets, une technique que l'on croyait disparue depuis longtemps même à cette époque de l'immédiate après-guerre. La construction ferroviaire l'avait abandonnée dès la fin des années 30 (voitures voyageurs OCEM à panneaux soudés sorties en 1938).

Un exemple d'un autobus réalisé par MGT pour le compte de l'OTL, le réseau de Lyon, Le MGT B9 PU, premier autobus français à moteur arrière Panhard de 100 Ch sorti en 1951. L'air de famille avec le prototype Oerlikon est évident.

2ème prototype : trolleybus Decauville-MGT-Oerlikon (1952)

Oerlikon équipa un second prototype dont la caisse autoportante (caisse-poutre), est revêtue de panneaux en aluminium rivetés; c'est une réalisation commune entre Million-Guiet-Tubauto, Decauville et l’Aluminium Français. D'après Albert Clavel, il était construit sur des organes mécaniques de l'autobus SOMUA OP 5 d'après un cahier des charges établi par la STCRP (ancêtre de la RATP) qui s'était intéressée au modèle. Il ressemblait en plus long, aux Vétra VBRh parisiens à 2 portes (4-0-2),. L’équipement électrique Oerlikon est identique à celui du prototype précédent. Racheté également par le réseau de Toulon en 1952, on lui donna le numéro de parc 20. On ignore par contre s'il est arrivé déjà peint aux couleurs de la RMTT ou s'il a été nécessaire de le repeindre aux couleurs beige et ivoire de la RMTT. Réformé quelques années plus tard en 1957, tous ses équipements électriques furent transférés dans une caisse d'autobus Chausson AP-52, Ré-immatriculél en 1958, le nouveau véhicule prit alors le N° 70. En 1967, il prendra le N° 87. On ignore la date exacte de sa réforme, peut-être vers 1972 lorsque la ligne N°1 verra son exploitation par trolleybus fortement réduite.

 

Photo extraite d'un livre sur Decauville (Decauville,1853-1953- collection Georges Muller). L'Oerlikon Decauville en état d'origine déjà sous la livrée de La RMTT, prend la pose au Mourillon, sous la boucle de retournement du Petit-Bois au terminus de la ligne N° 3 (Gare SNCF-Le Mourillon). Ce qui est amusant, c'est que les plaques indicatrices ne correspondent absolument pas à la ligne N° 3 mais à la N° 9 :Gare-SNCF - Pont-du-Suve via le Pont de Saint-Jean du Var. C'est probablement pour les besoins de la photo illustrant le livre que l'on a positionné ce trolleybus à cet endroit. Les embases de perches sont très différentes de celles des Vétra.  Cliquer pour agrandir

© Photo Google Street. Le même endroit de vu de nos jours, hormis la disparition des lignes aériennes de contact, l'endroit n'a pas beaucoup changé, le poteau bleu ciel qu'on aperçoit à gauche de la photo, juste au coin du mur de pierres, est bien un rescapé de l'époque des trolleybus. Il était l'un des supports des bifilaires, de nos jours il sert pour l'éclairage public. L'un des 'accès au parking des plages du Lido se situe juste en dessous de ce rond-point.

Immatriculations des 2 Oerlikon :

Ancien N° de parc

Nouveau N° de parc

Immatriculation

Année d'immat.

19 puis 69 (Panhard MGT)

N° 86

505 EX 83

1960

20 puis 70 (Decauville)

N° 87

399 DT 83

1958

 


Sources : "1880 -1980: Un siècle de transports en commun dans l'agglomération toulonnaise" par Gabriel Bonnafoux (†) et Albert Clavel - Georges Muller - Jacques Visconti - Tous mes chaleureux remerciements à Albert Clavel pour ses précieuses informations sur les Oerlikon de Toulon.

Photos:  Collection Georges Muller - Article d'Albert Clavel paru dans Charge Utile Magazine N°107 : "Les trolleybus Toulonnais, 24 ans de traction électrique au soleil" - Christophe Puvilland : Berliet, 1905-1978 aux éditions Histoire & Collections page 221.

Georges Muller (†) "Les trolleybus français en France et dans le monde 1900-2016" (2017) aux éditions Maquetrén (Espagne). Le réseau de trolleybus de Lyon doit beaucoup à ce brillant ingénieur que fut Georges Muller, Entre 1973 et 1982, il fut chef des Etudes techniques aux TCL (Transports en Commun Lyonnais), en charge de la modernisation du réseau de trolleybus, des extensions, des études et de la construction des ER 100, de 2 nouveaux dépôts, de la construction de la crémaillère de la Croix Rousse, de la transformation du funiculaire de St-Just.

Ne manquez pas de consulter la fabuleuse collection de photos de bus, trolleybus, tramways, funiculaires, trains, téléphériques...de Jean-Henri Manara sur le site Flickr, des photos couleurs d'une grande rareté, datant même d'avant 1963 et d'une qualité exceptionnelle : suivre ce lien : jhm0284: Une véritable plongée dans l'histoire passée des transports de différents pays : France, Suisse, Belgique, Espagne, Portugal, Autriche, Pays Bas, pays scandinaves etc..

Page créée le 26/02/2012  © Roland Le Corff -Version du 22/02/2018